Maison forte de Panelier vue de côté avec son toit de lauzes et sa tour
©Maison forte de Panelier vue de côté avec son toit de lauzes et sa tour|jean marc vidal

Penseurs et Écrivains du Plateau

Le Haut-Lignon, le Plateau inspiré ! La richesse des écrivains et des penseurs qui ont fréquenté notre contrée, surprend plus d’un visiteur. Marchons ensemble dans les pas de Camus, de Ricoeur, de Ponge ou de Chouraqui à travers la campagne verdoyante du Haut-Lignon.

Albert Camus

Partons chers visiteurs à la rencontre d’Albert Camus. Quittons le Chambon-sur-Lignon par la D151, par le hameau de la Bourghea et traversons ensemble le petit pont sur la Ligne où Camus prenait plaisir en bleu de travail à taquiner la truite. A Moulin tournons à droite. S’ouvre à nous ce chemin bordé de hêtres centenaires jusqu’au domaine de Panelier dont les murs restaurés la tour le portail à créneaux ont fort belle allure !

Camus arrive à la fin de l’été 1942 à la pension du Panelier au Mazet-Saint-Voy que tient Sarah Oettly une parente de sa femme Francine. Atteint de tuberculose en 1931, Francine lui conseille l’air frais et pur de moyenne montagne afin d’échapper à « la fournaise » d’Oran.

« Je t’écris un mot seulement pour te donner de mes nouvelles et mon adresse. Nous avons atterri en pleine montagne dans une ferme fortifiée isolée, ici bon ravitaillement, beaucoup d’arbres », 31-08-1942 Albert Camus à Emmanuel Roblès, un ami écrivain qui vit en Algérie.

Août 1942 : « Avant le lever du soleil, au-dessus des hautes collines, les sapins ne se distinguent pas des ondulations qui les soutiennent… Sur le fond à peine décoloré du ciel, on dirait une armée de sauvages empennés surgissant de derrière la colline. A mesure que le soleil monte et que le ciel s’éclaire, les sapins grandissent et l’armée barbare semble progresser… Puis, quand le soleil est assez haut, il éclaire d’un coup les sapins qui dévalent le flanc des montagnes ». Carnets II

Marcel Pagnol  et Saint Agrève

De Paris au Garlaban c’est à Saint Agrève que Marcel Pagnol vient régulièrement passer quelques jours de repos. Il apprécie le calme du village mais surtout à l’hôtel Jouve les morilles à la crème, les grives confites, la truite meunière … c’est un 3 étoiles au guide Michelin en 1933 où s’y presse Edouard Herriot, industriels et banquiers lyonnais. Pagnol y trouve d’ailleurs l’inspiration pour l’écriture de « La femme du boulanger ». Un jour, il écrit à Samuel Jouve :

« Le film que j’ai entièrement écrit chez vous est terminé, et beaucoup me disent que c’est mon meilleur film. »

Francis Ponge  à La Suchère

D’origine protestante Nîmoise, Francis Ponge, grand écrivain et poète majeur du XXème est venu sur le Plateau dès la fin des années 20. Il précisera que « Nul lieu n’a plus compté pour lui que le Chambon-sur-Lignon puisque c’est là qu’il rencontra son épouse, Odette Chabanel » De fait, nombre de textes, Le Galet, La Chèvre La fabrique du pré, le carnet du bois de pins, La Petite suite vivaraise » renvoient explicitement à des lieux du Plateau : La Fayolle, Chante Grenouille, Le Chomor, La Rionde. Il séjourna plusieurs fois au Chambon notamment pendant la guerre, de cette époque date aussi son amitié avec Camus.

 

Paul Ricoeur  un philosophe sur le Plateau

Universitaire, philosophe, théologien, laïc, réformé, son œuvre est immense « Le Juste », « La mémoire, l’Histoire, l’oubli « Il arrive en 1945 au Chambon-sur-Lignon après 5 éprouvantes années prisonnier en Allemagne. Arrivé dans ce lieu perché à 1 000 mètres, Ricoeur est tout de suite séduit par l’atmosphère qui y règne et devient le professeur de philosophie des Terminales de l’Ecole nouvelle cévenole, la mixité des élèves, l’impression de liberté sur une école sans murs, les contacts entre professeurs et élèves d’une singulière particularité. Il y rencontre les quakers américains, l’implication des pasteurs pendant la guerre et dans les mouvements de réconciliation le font renouer avec ses engagements pacifistes. Un de ses élèves dira

« Les récréations il ne connaissait pas et personne n’osait réclamer. Mais comme il était intéressant, cela marchait ».

À lire : « Le Juste », « La mémoire, l’Histoire, l’oubli »

Georges Canguilhem  à Mazalibrand

Grand philosophe contemporain Canguilhem se marie avec une fille du pays et devient un inconditionnel de notre Plateau dont il appréciait l’ambiance secrète, réservée qui collait bien avec sa personnalité. Résistant pendant la guerre, membre des MUR, il reste fidèle à cette nature vivifiante de Mazalibrand. Echangeant quelques mots avec le buraliste du Mazet-saint-Voy quand il allait chercher son journal. C’était un homme simple, certains diront un peu bourru, il aimait ses bois, il avait gardé de ses racines Lauragaises, l’amour de la terre et du travail bien fait. Un jour pendant la guerre, André, le fils de Georges Canguilhem a suivi un homme qui pêchait au bord du Riou, il semblait connaître les coins et être fin pêcheur. Cet inconnu après investigation, s’avéra être … Albert Camus qui résidait au Panelier.

A lire…

« La connaissance de la vie, Etudes d’histoire et de philosophie des sens, Idéologies et rationalité de l’histoire des sciences de la vie »

André Chouraqui

Mondialement connu pour ses essais, ses ouvrages historiques, sa traduction de la Bible, André Chouraqui, juif élevé en Algérie placée sous domination française, devient un des plus grands oecuménistes de son temps en oeuvrant pour le rapprochement des juifs, des musulmans et des chrétiens mais c’est sa venue sur le Plateau après la défaite de 1940 qui nous intéresse aujourd’hui.

Enseignant à l’école rabbinique de Clermont-Ferrand, il se voit obligé de fuir suite à la rafle de juillet 42. Il arrive à Tence grâce aux liens d’amitié tissés avec le Pasteur Leenhardt qui l’héberge dans la maison du Docteur Héritier à Chaumargeais. Durant deux années, il bénéficie de la complicité et du soutien de ses voisins, cachant ses activités clandestines de représentants de l’OSE (à préciser) dont il est agent de liaison avec son vélo rouge dont il ne se séparait jamais. Il est revenu bien des fois notamment pour saluer la famille Roux, qui l’avait si précieusement secondé dans ses activités et avec laquelle il a gardé des liens.

À lire…

« L’amour fort comme la mort », Robert Laffont 1990.

«  Ce que je crois » Grasset, 1979-1985.

Sur les pas des écrivains...

Quelques idées d’itinéraires à pied, en vélo ou en voiture à retrouver dans le livre « Sur les pas des écrivains et des penseurs » aux Editions Dolmazon Carnet 2 – du Lieu de Mémoire. Autrices, Sophie Ott et Nathalie Heinich.

À Pied
  • Départ – Le Mazet-Saint-Voy, La Bonne Mariotte avec Louis Comte de l’œuvre des enfants à la Montagne et Charles Gide se rendent au culte au temple du Mazet. 1h30 aller-retour environ.
  • Départ, Tence, Chaumargeais suivons André Chouraqui qui se rend à l’Ecole des Prophètes à Istor. 1h aller-retour.
À VTT de préférence
  • Départ, Tence, Chaumargeais André Chouraqui rend visite à Albert Camus au Panelier. 1h aller-retour. « Camus descendait régulièrement à St Etienne pour entretenir son pneumothorax et je garde un souvenir vivant de nos rencontres dans le tortillard qui nous emmenait lui vers sa séance d’insulflations et moi à la recherche de juifs réfugiés fuyant les persécutions : eux aussi, tout comme lui, à bout de souffle ». Novembre 42, André Chouraqui.
En voiture

Une demi-journée à parcourir le Plateau :

Une quinzaine de lieux pour découvrir où séjournèrent entre 1925 et 1950, 17 grands auteurs qui ont fait l’objet de l’exposition « Ecrivains et penseurs autour du Chambon ».

De la Suchère (Ponge) au Chambon, au Panelier (Camus) au Mazet, on passe aux Ruches (Aron), La Bonne Mariotte (Comte et Gide), Mazalibrand (Canguilhem) puis Tence (Poliakov), Les Mazeaux (Simondon) Chaumargeais (Chouraqui), Istor (Gordin et Levitte) avec une enjambée en Ardèche à St Agrève (Pagnol, Vidal-Naquet) par Le pont du Cholet (Isaac).