Chaumargeais école des prophètesChaumargeais Ecole Des Prophetes Automne 2024 Copyright Nancy Epalle 3
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Portraits de résistants / réfugiés

Il faut sauver les enfants ! Ici il semblerait que la compassion ait inspiré les consciences, sans aucune prétention d’action héroïque, on accueille sans se poser trop de questions. Beaucoup de fermes du Mazet, de Freycenet de Saint Jeures, de Tence ou du Chambon-sur-Lignon ont été des abris, tant de maisons d’enfant ont réconforté et réchauffé les enfants sortant des camps.

Pour cela ne manquez pas Le Lieu de Mémoire au Chambon-sur-Lignon. Il rend un si bel hommage aux résistant(e)s, aux « Justes » anonymes, aux pourchassés et persécutés en mettant en valeur des actions individuelles au service du bien collectif.

Une femme résistante Marie Brottes

Marie a 33 ans quand la guerre de 39-45 éclate. Elle vit au Chambon-sur-Lignon et travaille comme ménagère dans les pensions de famille de la région. C’est une femme simple, protestante convaincue. Dès l’enfance, on lui a appris à garder en mémoire ses ancêtres huguenots refusant d’abjurer. Quand les rafles et les persécutions ont chassé, l’été 42, vers la zone libre un flot de juifs, Marie a ouvert sa porte. Elle dit « Ni le risque d’être fusillée, ni la propagande antisémite ne m’ébranlait. Quand les premiers juifs sont arrivés, j’ai pensé aux protestants qui avant eux avaient dû fuir et se cacher … ».

Il y a plus de 80 ans, elle sillonnait à vélo le pays pour ramasser des vivres dans les fermes ou apporter du pain à ceux qui se cachaient aux alentours. Avec son époux Léon, ils hébergeaient des réfugiés et partageaient tout, c’est-à-dire pas grand-chose. L’argent ne rentrait plus, il restait alors les tickets d’alimentation et les produits du jardin, des pommes de terre et des betteraves.

Certains visages se sont effacés de sa mémoire, d’autres sont restés gravés, ceux des Mautner notamment. Le docteur Mautner et sa femme Grete, des réfugiés venus de Vienne en Autriche, étaient arrivés au Chambon en 1940. Ils se lièrent d’amitié avec Marie.

 

Lorsque les gendarmes commencèrent à effectuer des rafles visant les familles juives, Marie Brottes trouva une cachette à ses amis : la ferme d’Elie Russier (q.v.), le maréchal ferrant de la ville. Les Mautner y restèrent aussi longtemps que leur vie fut en danger. Marie leur procura de la nourriture et de faux papiers d’identité afin de leur permettre de passer la frontière et de se réfugier en Suisse. Malheureusement ils furent pris à la frontière. D’abord internés au camp de Rivesaltes dans le sud de la France, ils furent ensuite transférés à Gurs. Marie Brottes, qui devait prendre soin de son propre bébé et qui manquait de tout pendant l’occupation décida pourtant de partager le peu qu’elle avait avec ses amis. Chaque semaine, elle leur envoyait à Gurs un paquet d’un kilo contenant des pommes de terre, de la farine, des sucreries et des vêtements. Lorsque le camp fut fermé, les Mautner purent revenir au Chambon où leur fils Erik naquit en 1944. Les deux familles restèrent très liées pendant les années suivantes. Les Mautner rentrèrent à Vienne; plusieurs années plus tard Erik vint rendre visite aux Brottes au Chambon-sur-Lignon, le village où il était né. Marie Brottes risqua aussi sa vie pour sauver d’autres Juifs; dans sa déposition après la guerre, elle raconte que la police la convoqua plus d’une fois pour la questionner sur ses activités.

Source « Pages du Plateau Vivarais-Lignon pendant la guerre 1939-1945 » Mairie du Chambon/Lignon 2008
 Marie Brottes a reçu le titre de Juste parmi les Nations par Yad Vashem le 05/03/1989.

Jean Lopez 12 ans, réfugié espagnol

Le petit-déjeuner, avec des tartines au beurre et de la chicorée au lait, c’était bon !

 » Fuyant mon pays l’Espagne, je me suis trouvé enfermé successivement dans les camps d’internement d’Argelès, Gurs, Agde et Rivesaltes. Après plusieurs mois d’enfermement, j’ai la chance de quitter le camp avec vingt autre enfants grâce à l’action du Secours Suisse. Direction le Chambon-sur-Lignon où nous arrivons par le petit train. Il y avait un mètre de neige ! on se retrouve dans un chalet dit des Barandons tenu par un major de l’Armée du Salut … Après nous avoir réchauffé, on passe à table, la cuisinière apporte des plats où il y avait de la purée de pommes de terre avec de la chair à saucisse grillée. J’avais 12 ans et je pleure. Puis on nous met au lit, chacun son lit …Les gens se sont mobilisés pour nous porter des galoches, des vêtements, après on était habillé comme tout le monde  » Jean Lopez.